Ce n’est qu’à la fin des années 90, en tant que Président du Comité français pour Yad Vashem, fonction qu’occupe aujourd’hui son fils Pierre-François, que j’ai fait connaissance de Simone Veil.Simone Veil  Mais, en tant que médecin réanimateur à l’Hôpital Claude Bernard, j’avais été confronté aux pelvi-péritonites post-abortum, aux ruptures utérines, aux septicémies à perfringens, quelques manifestations dans l’immense masse des conséquences dramatiques passées sous silence des innombrables avortements dits « criminels », d’autant plus dangereux que les femmes étaient désemparées, dans une massive culture du déni. Elle avait défendu la loi qui porte son nom avec beaucoup de courage et de dignité devant des oppositions dont certaines ont été au-delà des bornes tolérables. Cette femme qui avait été déportée à Auschwitz et dont une partie de la famille avait été assassinée a été accusée d’être une nazie génocidaire…

Elle avait reconstruit sa vie au retour des camps : songeons qu’en 1945 au retour en France elle n’avait pas encore 18 ans à une époque où le sort des « déportés raciaux » n’était pas un thème d’importance. Elle a construit sa vie familiale et professionnelle avec beaucoup de volonté. Les étapes impressionnantes de sa vie politique et institutionnelle sont connues de tous et je ne les reprendrai pas ici. Elle a été longtemps la personnalité la plus admirée des Français.

Le combat pour la mémoire a pris peu à peu une place déterminante dans son action. Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah de sa création en 2000 jusqu’à 2007, à l’origine de la cérémonie en l’honneur des Justes aux côtés de Jacques Chirac en 2007, et surtout extrêmement proche des survivants dont certains étaient pour elle une seconde famille, elle a de façon très énergique lutté contre l’antisémitisme, contre le négationnisme bien sûr, mais aussi contre les amalgames, aujourd’hui l’une des perversions qui menacent le plus l’histoire de la Shoah.

Il ne faut pas oublier que cette immense patriote française a toujours exprimé fortement sa solidarité avec l’Etat d’Israël : elle était docteur honoris causa des plus grandes universités israéliennes et s’était directement impliquée dans le création des liens entre l’Institut Pasteur et l’Institut Weizmann.

Simone Veil nous laisse un immense héritage : rigueur dans le travail et énergie dans la décision, lucidité et courage dans l’expression, inlassable engagement pour aider les victimes, rappeler l’histoire et éduquer les jeunes générations.

Dr Richard PRASQUIER

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