Semaine émouvante en Israël.  Il y avait les merveilleuses réalisations du Keren Hayesod, mais ce n’est pas le lieu pour en parler. Je n’étais pas venu depuis longtemps pendant le Yom Haatzmaout; comment ne pas en parler dans cette Tribune? Quelques mots pourtant sur un sujet très éloigné en apparence, le sourire en coin de Plenel dans son entretien avec le Président de la République (« Emmanuel Macron ») ce sourire goguenard que devait avoir le Président du Tribunal qui a condamné Lavoisier à la guillotine, le sourire de l’avocat du CCIF dans le procès  Bensoussan, ce sourire de celui qui, maître de la vérité supérieure, accable  son contradicteur de mépris. Ce sourire, c’est le Allah Akbar du trotskiste bien formaté.

C’est peut-être à cause de ce sourire et de la fascination qu’il exerce sur les Eves de la bien pensance, qui ont appris à  triturer l’information pour y extraire les fruits du mal (les sionistes) que mon fils et sa famille ont fait leur Alyah, malgré leur enracinement en France. Merci, Plenel !

Yom ha Shoah, révolte du ghetto de Varsovie, jour du souvenir (Yom hazikaron) avec les visites aux cimetières, la tonalité grave des jours précédents laisse place, comme la corde d’un arc qui se détend, aux gigantesques pique-niques dans une circulation inextricable. Chacun a vu les cérémonies officielles et a entendu Ben Gourion déclarer l’indépendance de l’Etat d’Israël il y a soixante dix ans, passant outre à l’inquiétude de ses chefs militaires  qui ne lui donnaient qu’une chance limitée de survie à l’inéluctable attaque des pays voisins. L’aviation israélienne est presque sans rival dans le monde, mais ce même ciel de Tel Aviv où a lieu l’extraordinaire démonstration aérienne  au matin de Yom Haatzmaout était en mai 1948 livré à l’aviation égyptienne, jusqu’au moment où un des Avia  assemblés de bric et de broc à partir de pièces achetées dans une usine tchécoslovaque parvint à abattre un DC3 égyptien, ce qui dissuada l’ennemi de recommencer l’expérience. Aujourd’hui les radars Elta ultra performants du Dôme de fer ont succédé à l’ingéniosité fragile des premiers novices.

Cinq ans avant la déclaration d’indépendance quelques militants lançaient avec un armement ridicule un combat sans espoir dans les rues du ghetto de Varsovie. Leur objectif était d’hurler à la face d’un monde qui n’avait jusque-là rien fait pour aider les Juifs dans leur lutte pour survivre. Et qui ne fit rien pendant deux ans encore. Leur combat ne fut pas vain, il est devenu la colonne vertébrale d’Israël. Affronter, même si on est seul, l’ennemi qui cherche à nous détruire. Mais Masada et le ghetto de Varsovie ne sont plus le modèle à suivre. Il ne s’agit plus de mourir pour témoigner, il s’agit d’être fort pour dissuader. Car plus encore que dans le passé, le témoignage n’est qu’une marchandise journalistique fugace et inopérante. Demandez aux Kurdes ce qu’ils pensent de l’aide promise par l’Occident…..

Quiconque examine sans lunettes idéologiques le chemin parcouru par Israël en soixante dix ans ne peut qu’être impressionné. Le contraste entre son développement et l’état de délabrement intellectuel, moral et sociétal de ses ennemis alimente l’israélophobie ambiante qui sert souvent de paravent à la jalousie. Mais ce que je garde de plus précieux de ce voyage, c’est la célébration du Yom Hazikaron dans le moshav où habite notre fille, les témoignages, musiques et panneaux disant la vie des membres de la localité tués au cours des guerres d’Israël, c’est l’émotion contenue des mères dont les enfants iront eux aussi défendre le pays. Bien sûr, tout n’est pas parfait en Israël, et certains problèmes internes ne s’amendent pas.  Il y a de grandes disparités, de grands mépris, de grandes intolérances. Israël doit résister à la tentation populiste qui emporte tant de pays dans le monde. Il y a aussi ceux qui refusent de s’arrêter pendant les deux minutes de silence lorsque retentissent les sirènes du Jour du Souvenir. Certains haredim, certains arabes….Mais c’est la grandeur de ce pays qui parvient à gérer en démocratie une complexité interne inouïe, entouré d’ennemis innombrables, de haines irréconciliables et de critiques…. tellement confortables.

Dr Richard Prasquier

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