Les démons antisémites sont sortis de leurs placards naphtalinés et ont instillé leur moisi dans certains gilets jaunes : ils disent la clé des difficultés du quotidien et canalisent le ressentiment vers les responsables de l’exploitation, ces maîtres cachés du monde auxquels nos dirigeants sont asservis. Les Juifs, bien sûr : le produit est en magasin, a prouvé sa résilience au cours d’une longue histoire : autant s’en resservir. Et « pute à Juifs » est apparu dans le florilège de l’insulte. 

Bien sûr, les faits restent isolés et les protestations ont été unanimes…. Mais l’antisémitisme à l’ancienne, qu’on croyait déshonoré à jamais, reprend du service et s’accommode avec celui de l’ultra-gauche. En Europe un sondage récent montre que la perception que l’antisémitisme augmente est générale. Et aux Etats Unis, il y a eu le massacre de Pittsburgh. La Commémoration de l’Holocauste du 27 janvier aura lieu dans un contexte inquiétant.

Le septuagénaire que je suis peut témoigner du chemin parcouru : au lycée, incollable sur les Guerres Médiques, je n’ai rien entendu sur le génocide des Juifs. Des années de combats mémoriels où  la France a enfin affronté son passé : hommages aux victimes, témoignages des survivants, reconnaissance aux sauveurs, procès à des responsables, ont accompagné une production historique qui affine notre compréhension de cette époque. Recueillement, mémoire, justice et quête de la vérité : ce programme est bien mis en oeuvre. Mais il ne s’agit pas d’une simple connaissance : l’éducation « contre » est au centre du projet. 

Le  « plus jamais ça » asubi dans le génocide des Tutsis un échec cinglant. Depuis lors, bien desmassacres ethniques pas assez « bancables » médiatiquement oupolitiquement délicats n’ont pas entrainé de réactions adéquates de lacommunauté des nations et des hommes, rappelant que pendant la Shoah lerepoussoir moral n’a jamais prévalu chez les Alliés sur les considérationstactiques.

Or, le sondage Comres-CNN indique que 20% des jeunes de notre pays ne connaissent rien à la Shoah. Une enquête de novembre 2018 le confirme : ce pourcentage inouï ne provient pas d’une ignorance en France du terme Holocauste, confondu avec « low cost »! Ces 20% proviennent surtout des milieux « fragiles », souvent issus de l’immigration. C’est là que le travail d’enseignement de la Shoah est le plus nécessaire, c’est là qu’il est le plus difficile et c’est là qu’il échappe aux radars statistiques qui privilégient les classes où tout va bien sur celles qui ne demandent pas de compléments de formation à la Shoah pour éviter des réactions hostiles. La lutte contre l’antisémitisme dans ces milieux est une urgence nationale. Cet enseignement lui-même est remis en question dans la société du soupçon où nous vivons.  Et les survivants, seuls capables de créer un lien émotionnel intense ne sont plus qu’une poignée….

Hier, pour lutter contre lenégationnisme, il a fallu prouver, avec des détails techniques quasiment sordides, que l’extermination desJuifs avait bien été programmée et en grande partie réalisée, aujourd’hui lesnégationnismes relèvent de l’opinion, du ressenti et esquivent la réfutationrationnelle. Par exemple:

 – « Oui, des Juifs ont peut-être ététués, mais bien moins qu’ils le disent, eux qui contrôlent les médias et quiexploitent ces événements pour masquer la vraie Shoah, celle qu’Israël commetcontre les Palestiniens….. »

Ou bien, la version humaniste duconfusionnisme: « Parce que je suis horrifié par la Shoah, je le suisquand un enfant est assassiné (sous entendu, en général, « parIsraël »). Ces crimes sont pour moi équivalents….. ».

L’argumentation, qui n’est passimple, doit faire face à la post vérité et  l’amalgame. Elle estindispensable pour démonter les discours complotistes, cancer de l’information,tel celui, ignoble, des avocats de Mehdi Nemmouche, dignes de l’histrionnégationniste qui est leur maitre à penser……

 Dr Richard PRASQUIER

Président du Keren Hayessod France

Un commentaire, RSS

  • Ochnicki

    dit sur:
    février 22, 2019 à 2:07

    Reconnaître toutes les violences toutes les erreurs et toutes les horreurs sans discriminations et faire comprendre que la douleur et la même pour chaucun. Éduquer chaque enfant dans l’amour, l’espérance et le respect doit être à l’ordre du jour dans chaque famille. Le dollar et les divisions nourrissent tous les etats et toutes les familles. L’émotionnel fait vendre même des voitures…. L’antisémitisme et le fruit, une branche d’un arbre malade. On doit le soigner. Pour cela l’état ne doit pas avoir peur du diagnostique.

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